vendredi 8 février 2013

Génération Greg

Greg scénariste de "Génération Héros", s'est prêté à une interview à l'occasion de la publication, très prochainement, du deuxième épisode de la série. Il nous parle de son travail, de sa vision de l'écriture, de ses lectures et nous livre quelques détails sur ce qui vous attends dans "Génération Héros #2".

Carnaval : La publication en ligne de "Génération Héros #1" s'est terminé il y a quelques mois. Il y a eu l’édition papier en 2011, puis la version web en 2012. Pour toi, que représente cette seconde vie donnée à ce premier épisode ?
Greg : Internet est la plus belle façon de montrer son travail et ainsi de se faire connaître. Quand j’ai commencé à être publié sur le support papier avec mes nouvelles, j’avais l’intention d’arrêter les concours sur le web et autres appels à textes, parce qu’on ne peut pas garder, montrer, prêter, ce qui y apparaît, bien entendu. Puis j’ai réalisé que c’est via le virtuel que j’avais des commentaires des lecteurs, que de petits éditeurs venaient me chercher pour que je leur écrive un texte. Même si j’adore le support papier, que je ne pourrais m’en passer, Internet est aujourd’hui la base de la publication amateur. C’est une certitude. Et il ne faut surtout pas l’ignorer.
Avec le nombre de visites par jour, c’est en moyenne 50 personnes qui viennent lire régulièrement la suite des aventures de Misty, et cela fait plaisir. Il n’y a aucune baisse de régime, bien au contraire, donc Sebs et moi constatons que le lecteur désire connaître la suite, que le rythme du récit est bon et que le personnage plaît. Ce n’est que le premier épisode, et cela a été pour nous un grand test d’écriture, de publication, de partage, pour s’améliorer pour les prochains numéros.

C : Justement, qu'as-tu à dire aux nouveaux lecteurs, ainsi qu’aux anciens, qui ont suivi toute cette histoire ?
G : Déjà les remercier d’avoir été présents. Ensuite que mon but est de les étonner, et que je vais tout faire pour que ce soit le cas. Qu’il s’agisse de lecteurs chevronnés du monde comics ou non.
L’épisode 2 sera totalement différent du 1. Plus mature, plus sombre, et il y a fort à parier que le 3 sera en total décalage avec les deux précédents. Le premier opus, comme je l’ai dit, avait un côté expérimental. Écrire 22 pages bien rythmées, avec une histoire certes simple mais solide, voilà quel était le but. Aller au bout de la chose pour le débutant que je suis en termes de scénario de BD.
Maintenant, on a vu qu’on en était capables, Sebs et moi, alors on va monter la barre d’un bon cran.

C : De la conception, à la publication, en passant par l’écriture et les premiers visuels, que retires-tu de ton expérience sur "Génération Héros #1" ?
G : Que cela est plus facile qu’on ne l’imagine de créer une bande dessinée. Il faut savoir que Sebs et moi ne nous sommes jamais rencontrés "en vrai" et que tout se déroule via Internet. Cela pourrait poser problème, mais au contraire tout est toujours resté fluide et facile. Je dois tout de même préciser qu’en dehors du scénario, je ne m’occupe pas de grand-chose ; Sebs s’occupe de la conception du visuel comme de la publication. Il avait l’idée déjà très précise du personnage de Misty, il ne lui manquait que le scénario. J’ai juste fait ce que je sais faire le mieux.
De cette expérience, j’en retire un plaisir d’écrire une histoire différemment. Habitué aux nouvelles – et ces deux dernières années plutôt aux romans – un scénario de BD format 22 pages s’écrit relativement vite quand on a des idées. En une semaine, voire quinze jours, c’est réalisé si j’ai d’autres tâches en parallèle. Cela me change des 5-6 mois de travail pour écrire un roman de 400 pages. Surtout, je ne suis plus tout seul à bosser, et ça aussi c’est agréable. Voir son travail transformé et prendre vie sous forme de planches réalisées par son collègue, c’est vraiment le résultat d’un partage d’idées, d’envies et de motivation.

C : "Génération Héros #2" arrive très bientôt et sera une exclusivité web. As-tu abordé ton travail d’écriture d’une manière particulière pour t'adapter à ce format numérique ?
G : Sebs m’a simplement donné un format à respecter pour que la publication soit la plus aisée possible.
Ainsi pas de cases à la verticale mais tout à l’horizontal. En-dehors de ce paradigme, j’avais une totale liberté. Après, en termes d’écriture, le but est toujours d’amener des cliffhangers en fin de page pour donner aux lecteurs l’envie de connaître la suite. Je l’ai juste adapté quand cela était possible pour qu’au bout de chaque enchaînement de cases publié, le lecteur soit dans l’attente de quelque chose.

C : Contrairement au premier épisode, très peu d’informations ont circulé concernant GH2. Que peux-tu nous dire sur ce qui nous attend dans cette nouvelle aventure ?
G : Il y aura cette fois deux personnages principaux. On s’acoquine avec l’univers de Batman, donc quelque chose de sombre, d’urbain. Mais seulement en apparence, parce que mon intention n’était pas de faire du Batman. Comment étonner le lecteur, sinon ? Contrairement à GH1, très coloré, très porté sur l’humour, le second opus est un traitement sur un univers qui s’écroule vu par les yeux d’un des personnages, le traitement d’une tension qui monte crescendo et qui peut se révéler un tourbillon pouvant tout renverser sur son passage.

C : Reverra-t-on Misty ou d’autres personnages du premier épisode ?
G : Oui, elle fait une courte apparition. Sebs le souhaitait, et je dois dire que moi aussi. Pour retrouver son humour déjanté et aussi pour ce plaisir de la manipuler de nouveau. Elle est très facile à écrire, et je pense qu’elle donne le sourire de par sa joie de vivre, même en mauvaise posture. Mais ce sera là le seul clin d’œil avec le premier opus. Le second laisse la place à de nouveaux vilains...

C : Justement, "Génération Héros #1" comptait une héroïne contre deux méchants principaux. On sait déjà que "Génération Héros #2" présentera deux héros contre au moins quatre méchants différents ! Fallait-il tout multiplier par deux, dans cette suite ?
G : Je pense que oui. Il fallait faire plus fort, aller plus loin. Si les gentils sont deux, alors les ennemis doivent leur être supérieurs en nombre, c’est logique. Le héros est celui qui est confronté à plus fort que lui, que ce soit dans la mythologie ou dans les récits de super-héros. D’autant qu’avec deux personnages, il y a deux facettes à présenter ; celle du héros expérimenté – Wolfknight – et du débutant de service – le Chaperon Rouge. Donc plus de possibilités scénaristiques également. Ce ne sont pas les idées qui manquent. Le tout est de tout faire tenir en 22 pages.

C : Ce nouvel épisode fait clairement un gros clin d’oeil à l’univers de Batman. Comment t’es-tu positionné entre le fait d’écrire un récit original tout en rendant un hommage très prononcé ?
G : Je vais revenir aux nouvelles pour expliquer ça. Quand j’écris un texte pour un concours, le thème est généralement simple et large. Ce sont des fondations solides connues par tous. Ici, c’est Batman, en termes d’univers et d’ambiance. C’est ce que désirait Sebs – on part toujours d’une envie de dessiner, et je raconte par-dessus. Et, très franchement, avoir l’opportunité d’écrire sur un personnage "à la" Batman, c’était très excitant. Maintenant, si vous voulez réussir le concours de nouvelles, il faut se demander ce que vont produire les autres auteurs sur ce même thème, et faire autre chose. Aller aux bords du cadre, prendre des risques mesurés, pour surprendre votre lecteur.
Wolfknight est donc un postulat de base, à la Batman, avec bien évidemment des clins d’œil pour montrer aux lecteurs que je m’amuse avec un personne existant, tout en me réappropriant son univers et en faire quelque chose de différent. Je me pose aussi la question de savoir "qu’est-ce j’ai envie de lire avec ce genre de personnages, que je n’ai jamais lu ?". Il n’y a là aucune prétention, je pense que tout a été fait et écrit, ceux qui pensent le contraire n’ont juste pas encore assez lu pour s’en rendre compte. Mais il y a toujours moyen de surprendre son lecteur, de le prendre par la main et de la lâcher en lui disant "et maintenant, que crois-tu qu’il va se passer ?". J’ai raté mon coup s’il trouve. Mais s’il est surpris, amusé par cette idée à laquelle il ne s’attendait pas malgré le fait qu’il a lu des dizaines voire des centaines d’histoires du même genre, alors c’est la cerise sur le gâteau.

C : Tu es sans doute l’une des rares -si ce n’est la seule- personnes à avoir vu les premières esquisses et les premiers strips. Que peux-tu nous dire sur l’aspect visuel de ce second épisode ?
G : De la perspective, un Chaperon Rouge très sexy qui va sans doute prendre la place de Misty dans le cœur des lecteurs, toujours cette superbe colorisation dont Sebs a le secret, et des Teasers très classes qui donnent envie d’être plus vieux de quelques semaines pour que GH2 débute vraiment !

C : Avez-vous collaboré différemment avec Sebs, comparé au premier épisode ?
G : Non, pas vraiment. Comme dit précédemment, j’écris en fonction de ce qu’il veut dessiner. Sebs voulait un univers du type Batman, alors j’ai imaginé un récit en corrélation. Je lui ai présenté les premières pages, pour que l’on sache tous les deux si on percevait les personnages de la même manière, puis une fois validées, j’ai écrit les 22 pages. En fonction des retours, je retravaille des passages. Pour le moment, sur 22 pages, je n’ai eu que deux pages à retoucher, alors je suis plutôt satisfait.

C : Quel personnage as-tu eu le plus de plaisir à écrire ?
G : J’ai perçu Wolfknight très vite. Sa façon de se mouvoir, de parler avec autorité. C’est lui qui m’a permis de rentrer dans l’univers, puis le Chaperon a pris le relais. Tout comme Misty, c’est donc le personnage féminin qui m’a donné le plus de plaisir à écrire. Parce que c’est à travers elle que je me suis éloigné justement du monde de la Chauve-Souris. Elle n’a rien d’une Batgirl ou d’une Robin au féminin. Il n’y a pas ce rapport au chef de clan, au père expérimenté. Elle a ce côté rock’n roll, libre dans ses choix et dans sa vision du monde. Pour elle, Wolfknight est un tremplin pour s’améliorer, grandir, comme on s’adresse à un sage pour comprendre ce qui nous entoure avant de penser de nouveau par soi-même. Elle est une solitaire. Elle n’obéit qu’à elle-même. J’aime ce genre d’individus à la personnalité forte, ce qui ne l’empêche pas d’être fragile, via ses doutes et ses choix. Voire une situation inconnue à laquelle elle ne s’attendait pas...

C : Tu es aussi romancier et nouvelliste. En dehors de "Génération Héros", quelle est ton actualité ?
G : J’ai réussi deux concours de nouvelles, et celles-ci devraient être publiées sur Internet avant la fin de l’année. Il y a "Le dernier palier", et "Retour aux sources". Des récits fantastiques mêlant science-fiction et terreur pour le premier, et un brin d’érotisme et de... terreur, pour le second. J’ai également envoyé la première partie d’un roman d’Heroïc Fantasy à de grands éditeurs, et attends les réponses. Mais comme partout, les places sont chères. Les écrivains sont très nombreux, et le délai d’attente de la réponse – souvent négative donc – met entre 2 mois et 1 an... Donc j’ai le temps.
J’ai eu deux retours pour le moment, un non et un oui, mais la réponse positive était en lien à un éditeur à compte d’auteur, ce qui n’était pas stipulé sur son site (cela signifie que l’auteur participe grandement aux frais de publication, qui s’élèvent au moins à 3000 euros en général). Je termine en ce moment la seconde partie du roman (la première fait 600 pages quand même).

C : Quelles différences fais-tu entre l’écriture d’un texte qui restera tel quel et l’écriture d’un texte destiné à devenir des images ?
G : Tout est différent ou presque. Habituellement, je suis le seul capitaine du navire, je conduis ma barque ou bon me semble, prends les risques désirés et en supporte les conséquences ou la réussite de façon personnelle, avec un rapport à l’histoire assez singulier. Je vais aller un peu loin, mais le roman que j’ai envoyé à des éditeurs, j’ai bien entendu fait pour le mieux ; cherché un récit original, l’ai écrit de la meilleure façon possible selon mes moyens, et au final c’est un enfant que j’envoie à son premier jour d’école. Il va se retrouver seul devant un comité de lecture, va être jugé et s’envoler de ses propres ailes avec comme seule éducation une part de moi.
Un scénario de BD est une juxtaposition d’idées du dessinateur et du scénariste. En gros "qu’as-tu envie de dessiner que j’en fasse une histoire ?". Je ne suis donc pas face à une page blanche, mais déjà avec quelques éléments de fondation. Ensuite, en termes d’écriture, un scénario est plus une suite de marques, de descriptions et de dialogues qu’une histoire à part entière. Je ne vois pas l’intérêt pour un non dessinateur d’y jeter un œil par exemple, hors de la curiosité. Cela demande un effort visuel de représentation. Alors que ce travail est directement fourni par l’auteur d’une nouvelle ou d’un roman.
Mais les deux sont complémentaires. Une vraie bouffée d’oxygène tout autant qu’une façon de travailler différente, et avec autrui disposant d’un art différent.
J’espère pouvoir écrire tout autant des nouvelles que des scénarios encore longtemps.

C : Quels sont tes lectures ? As-tu des coups de cœur à nous faire partager ?
G : En termes de romans, j’en lis de moins en moins, tant la lecture de comics me prend du temps. J’ai relu il y a peu "La fée des dents" de Graham Joyce chez Bragelonne, récit que j’avais lu ado, publié chez un autre éditeur et sous un autre titre, ce qui fait que je me le suis acheté en disant "tiens, je l’ai pas lu celui-là !", mais cela fait si longtemps que je ne m’en souvenais plus. C’est très bien écrit et prenant.
En parlant de Batman, je dévore le mensuel publié par Urban Comics. En-dehors de Batgirl, tout est très bon. Je lis les trois quart de ce qui sort chez Panini Comics, donc j’ai de quoi faire. J’adore Uncanny X-Force publié dans X-Men Universe. Mon dernier coup de cœur BD est Krrpk par Bill, le récit d’un extraterrestre, publié chez Shampooing (Delcourt). Excellent de bout en bout.
En manga, Black Joke chez Ankama ou encore Iris Zero (Doki Doki) sont de bonnes lectures.

C : Déjà des idées pour un "Génération Héros #3" ?
G : Tout va dépendre de ce que veut dessiner Sebs. C’est lui qui passe le plus de temps à travailler sur les 22 pages, donc il ouvre la première marche, et j’écris le monde qui survient dès la seconde marche.
Peut-être quelque chose à la Wonder Woman, ou du type JLA (pour rester dans l’univers DC).
J’aimerais bien aussi un truc genre Constantine, du label Vertigo. Très dark, porté sur la terreur. Mais on risque de s’éloigner du concept super-héros. Mais j’ai encore le temps d’y réfléchir, le temps que le second opus de GH soit réalisé et publié dans sa totalité.
Mon rêve serait aussi d’adapter l’une de mes nouvelles ou roman en BD.

C : Merci de nous avoir accordé un peu de ton temps, entre deux écritures, pour répondre à nos questions. On te souhaite une bonne continuation dans tes différents projets et on espère que les lecteurs apprécieront le nouvel épisode de Génération Héros à venir.
G : Merci à vous, et j’attends les commentaires de nos lecteurs avec impatience !

La publication en ligne de "Génération Héros #2" débutera le 15 février.

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